Brunch « Gestion durable des ressources naturelles et de l’environnement »


Introduction

Ce début de 21ème siècle est marqué par un presque triplement de la population mondiale depuis 1950 qui probablement aura été multipliée par quatre en un siècle en 2050, cette donnée n’est pas sans conséquences sur les ressources naturelles. Les ressources naturelles sont définies comme l’ensemble fini d’objets prélevés dans la nature. Ce brunch du défi socio-économique de LUE articulé autour de la « gestion durable des ressources naturelles et de l’environnement » est un engagement pris pour travailler sur des questions primordiales pour nos sociétés et proposer des solutions pour le bien-être des générations à venir.

L’idée de ce brunch est de présenter d’abord les forces en présence articulées dans LUE dans le domaine concerné. Il s’agit de montrer où LUE est bien positionné en tant que leader (ou entend l’être) sur un certain nombre de thèmes essentiels et de mieux cerner les objectifs prioritaires à traiter dans les 5 10 ans à venir, en développant une dynamique de partenariat régional (recherche-entreprises) et international avec les meilleurs partenaires.

 

Contexte global

L’évaluation des écosystèmes pour le millénaire (Millenium Ecosystem Assessment, 2005) a mis en évidence que les limites des ressources de la Planète sont pour certaines très largement transgressées. Nous vivons dans un contexte de grande accélération socio-économique qui conduit inévitablement à l’épuisement des ressources. Un contexte qui est désormais assimilé à une nouvelle période géologique, l’Anthropocène.

Les changements globaux sont : le changement climatique, l’érosion, voire l’effondrement de la biodiversité, les grands cycles de l’azote et du phosphore, la consommation de terres agricoles par l’urbanisation.

Cette situation impose:

  • l’urgence de nouveaux schémas de développement des sociétés humaines
  • de nouvelles connaissances fondamentales pour élaborer les modèles et stratégies nécessaires à la gestion durable des ressources naturelles et assurer la transition énergétique et écologique.
  • tous les acteurs doivent se mobiliser: recherche, entreprise, politique et les dispositifs qui l’accompagnent –
  • LUE constitue un cadre idéal pour contribuer à ce dessein.

Les forces en présence sur notre territoire 

LUE et les ressources naturelles, c’est un ensemble académique de très grande qualité et une dynamique socio-économique unique dans le domaine de la gestion durable des ressources et des écotechnologies, très liée à l’histoire de la Lorraine.

La Lorraine est une région de forte tradition socio-économique pour l’exploitation des ressources des sols et du sous-sol et des ressources biologiques issues de l’agriculture et de la forêt, qui a donné naissance aux écoles d’ingénieur.

Elle est aussi dotée d’un dispositif d’enseignement supérieur et de recherche de renommée internationale dans ce secteur ; les Géosciences, les Sciences biologiques et le Génie des procédés constituant des piliers du potentiel lorrain.

Ces domaines disciplinaires sont soutenus par :

L’environnement académique local (Université de Lorraine) et national – CNRS, INRA, INSERM et INRIA) qui interagissent étroitement avec les EPIC (ANDRA, BRGM et INERIS) et le milieu industriel, notamment dans le cadre des Pôles de compétitivité : “Fibres Naturelles Grand-Est” et “Hydreos”, de l’Institut Carnot ICEEL et de clusters (ELFI, Ecohabitat), de GIS ; l’existence de deux LabEx, “Ressources21” et “Arbre” sont les signes de l’excellence reconnue des domaines qu’ils représentent.

Les avancées

Dans le cadre des grands projets tels que ceux soutenus par les CPER successifs et dans le cadre des Labex, mais aussi des projets nationaux et internationaux avec l’attribution de Grants ERC, notamment dans le domaine des géosciences. Ils sont menés de façon transversale avec un double souci de développer les connaissances scientifiques et technologiques et contribuer au développement socio-économique.

La lorraine s’est forgée au fil du temps une identité forte dans le domaine des ressources naturelles et de l’environnement.

Instrumentation de premier plan (plateforme géochimique, plateforme pour les matériaux biosourcés, plateformes ENERBAT, GISFI, STEVAL, zone atelier nationale, plateaux techniques en écogénomique, écologie fonctionnelle, métabolomique).

Ces projets ont permis des avancées fondamentales et des applications en gestion des ressources environnementales (eaux, sols, forêts, bois, énergie, géomatériaux, déchets), en agroalimentaire et en nutrition et santé.

Par exemple, des résultats remarquables ont été obtenus sur le fonctionnement de la Terre, la connaissance du génome, les matériaux biosourcés, les molécules d’intérêt nutritionnel et thérapeutique, le traitement des sols, des eaux et des déchets, la surveillance du sous-sol et les ressources du sous-sol (géomatériaux, gaz, CO2).

 

Témoins

Jacques Pironon – directeur de recherches au CNRS et du laboratoire Géoressources :  les ressources du sous-sol,

Le but du projet IMPACT LUE Deepsurf en gestation vise à répondre scientifiquement et techniquement aux grands défis du 21ème siècle, notamment la transition énergétique, pour la satisfaction des besoins énergétiques mais aussi pour la préservation de la ressource en eau et de la biodiversité en ayant une gestion raisonnée des ressources du sous-sol, du sol et de la végétation. Il doit permettre d’améliorer la connaissance des milieux complexes et de leurs interactions, et d’alimenter la réflexion sur la gestion durable des ressources et de sa perception par le public en amont de l’élaboration des politiques publiques.

Erwin Dreyer – directeur de recherches à l’INRA et président du Centre de Nancy : les ressources forestières et leur gestion durable –

Au cœur du concept de Bioéconomie, les forêts peuvent apporter de nombreux services écosystémiques parmi lesquels figurent bien entendu la production de bois pour des usages très divers, mais également le stockage de carbone, la production d’eau de qualité, la protection de la biodiversité, la protection des sols, des aménités et la protection des paysages. Les ressources forestières en Lorraine, comme en France et en Europe, sont en expansion (doublement des surfaces boisées depuis 1830 ; augmentation du volume sur pied du fait de la faiblesse de la mobilisation de bois, augmentation quasi générale de la productivité). La gestion durable des forêts et la substitution du bois à d’autres ressources plus consommatrices d’énergie et non renouvelables (pétrole, bétons, production d’énergie, construction, ameublement) peut contribuer à une mitigation des changements climatiques et au développement d’une bio-économie durable. Les équipes de recherche et de formation mobilisées par LUE (UL, Inra, AgroParisTech, IGN, ONF, CNPF, CRITT Bois, …) constituent un ensemble unique en Europe pour s’attaquer aux défis posés par la gestion de ces ressources et leur valorisation optimale, en partenariat avec les entreprises de la filière forêt-bois et avec les pouvoirs publics. Elles sont en mesure de prendre en compte les multiples aspects de ce défi, en documentant les évolutions à long terme des ressources, en proposant des modes de gestion innovants, en identifiant la contribution des forêts au cycle de l’eau et du carbone, en caractérisant la réponse aux changements de tous ordres, en favorisant la valorisation du matériau bois, en étudiant l’économie de la filière, et en formant les acteurs de demain en gestion et en recherche. LUE et le LabEx ARBRE sont des outils remarquables pour aborder ce défi.

 

Frédéric Bourgaud – professeur à l’UL – Ensaia, directeur du laboratoire Agronomique et environnement, fondateur de la société PAT – Plantes à Traire : la valorisation des ressources biologiques,

Les écosystèmes sont des lieux d’intenses interactions entre les êtres vivants qui les composent. Pour les plantes/microorganismes/insectes, ces interactions sont rendues possibles par la synthèse de nombreuses substances chimiques naturelles.

Les composés chimiques exercent des fonctions d’attraction/répulsion et représentent ainsi un réservoir insoupçonné de substances à activités anti-fongiques, anti-microbiennes, anti-prolifératives etc…

L’Université de Lorraine dispose d’un fort potentiel dans l’étude des écosystèmes naturels ou anthropisés (agronomie, foresterie etc.) et des interactions chimiques qui sous-tendent le fonctionnement de ces écosystèmes. Ces connaissances de base peuvent être transformées en technologies et nouveaux produits grâce à un savoir-faire unique dans le domaine des sciences de l’ingénieur.

La présence de start-up lorraines dans le domaine des biomolécules renforce ce potentiel de recherche et a permis d’attirer des groupes de dimension mondiale dans des projets collaboratifs (e.g. BASF adhérent à BioProLor).

L’ensemble de ces facteurs favorables en Lorraine, associés aux forces complémentaires situées dans la Région Grand Est, créent les conditions de l’émergence d’une « vallée de la bio-ingénierie » qui est en train de se cristalliser. Il s’agît d’une situation unique en Europe.

 

Vincent Boly –  Professeur à l’UL – l’ENSGSI, école d’ingénieurs spécialisée en pilotage de l’innovation où il joue un rôle essentiel notamment dans la création de consortiums d’entreprises autour de projets innovants

 

Synthèse faisant suite aux témoignages et discussions

Jean-Louis Morel

Face aux enjeux, LUE est bien positionnée en tant que leader (ou entend l’être) sur des thèmes essentiels

  • La forêt et les enjeux soulevés par les changements globaux,
  • le continuum sous-sol/biosphère et les interactions
  • l’agriculture de demain dans un contexte de raréfaction des ressources
  • visiter les ressources de la Lorraine dans une perspective de développement socio-économique

L’économie circulaire permet d’articuler une gamme de problématiques de façon intégrée, avec la prise en compte de l’ensemble des paramètres et notamment des acteurs

La question de l’acceptabilité des technologies :

  • OGM, prise en compte de la dimension temporelle
  • importance des Sciences Humaines et Sociales et plus généralement des disciplines relevant du DEG
  • réconciliation de l’écologie et de l’économie

Conditions

  • partenariat fort recherche – industrie
  • innovation pour l’immédiat et pour le futur, engagement

Transversalité :

  • enjeu : croiser les grands domaines – géosciences – forêt – agriculture
  • domaines forts en Lorraine et leaders
  • quel croisement, quelles synergies, quel grand projet transversal
  • CGRN

Les idées fortes du brunch

L’intégration de produits issus des nouvelles technologies est liée à l’acceptabilité de ces produits et technologies par la société civile. L’acceptabilité est une notion qu’il convient d’aborder dans tous travaux scientifiques.

1/ Rendre les applications scientifiques acceptable pour la société civile

La question est celle de l’acceptation de l’intégration des nouvelles technologies par les citoyens (par exemple le remplacement de gènes pour gènes OGM : technologie aboutie mais inacceptation sociétale).

La  mise sur le marché de nouveaux produits issus de nouvelles technologies ne peut se faire sans avoir travaillé cette notion d’acceptabilité. En ce sens, le recours à des spécialistes en sciences humaines tels que les historiens, les juristes, les philosophes, les sociologues, est nécessaire.

Les associations peuvent également jouer un rôle de médiation et aider à rendre acceptable de nouveaux produits.

Il est des fois difficilement acceptable pour la société civile que de nouvelles techniques consistent à « dégrader à court terme avec pour objectif à moyen terme de reconstituer ces environnements ».

Cette notion apparaît comme essentielle pour développer tout projet.

2/ Parler un langage commun pour travailler ensemble dans l’interdisciplinarité

Réussir à travailler cette notion d’acceptabilité, c’est aussi avoir une dimension interdisciplinaire présente dans les projets de recherche. L’interdisciplinarité demande à ce que les chercheurs issus de différentes disciplines parlent un même langage, ce qui est déjà une grande difficulté et peut générer des incompréhensions ; toutefois avec le temps et les échanges,  partager un langage commun est possible, tout comme faire travailler les chercheurs avec les ingénieurs et traduire ainsi les connaissances en technologies.

3/ Rendre acceptable par une présence scientifique renforcée dans les débats publics

Constat à regret : les scientifiques se tiennent trop à l’écart des débats publics. Les scientifiques devraient avoir plus de poids dans les décisions politiques. Les industriels ont intérêts à ce que les scientifiques rentrent dans le débat public. Pour sensibiliser, il pourrait être intéressant que des thèses de type « CIFRE » puissent également se faire dans la sphère politique.

4/ Rationnaliser et mettre en perspectives

L’acceptabilité peut être dépassée par des mesures d’impact.

Les scientifiques ne doivent pas oublier le passé, ils ont aussi à apprendre du passé. En effet, des technologies peuvent avoir des effets néfastes sur l’environnement, par exemple la production de pluie acides. Attention à la boucle avale des cycles où l’environnement est le réceptacle.

Sciences et société

5/ vers un nouveau modèle pour les sciences : les sciences participatives

Il devient incontournable pour la science d’avoir une approche participative : de partager les questionnements, d’associer les citoyens dans la recherche en train de se faire. Le temps de maturation de chaque acteur est un élément essentiel pour le bon déroulement de chaque projet.

6/ Faire évoluer les politiques publiques : économie circulaire et stratégie de développement

Faire des déchets un produit, exemple du retour des cendres en forêt qui sont toujours perçues et traitées            comme des déchets alors qu’elles pourraient être considérées comme des produits s’il y avait une volonté            politique.

Aujourd’hui, il est possible d’avoir une utilisation des sols (les sols non exploitables pour l’alimentation) pour de la chimie.

Besoin de stratégie de développement des sols et des variétés.

Développer la bioéconomie qui consiste à substituer des produits non biosourcés par des produits biosourcés. Il est possible de travailler des technologies propres, le territoire des DOM TOM dispose d’énormément de ressources en la matière et représente un terrain de recherche favorable. La loi biodiversité va avoir un effet de levier pour travailler les biomolécules.

Développer également les travaux sur le stokage de l’énergie.

Les projets en économie circulaire sont rapidement confrontés à des problématiques logistiques, par exemple le bois a un taux de recyclage élevé mais en réalité vous avez beaucoup de bois qui part en décharge du fait de manque de compétences logistiques présentes sur le territoire.

7/ Agroécologie : besoin de se rapprocher des agriculteurs

Comment aider nos agriculteurs à augmenter leur production tout en respectant l’environnement ?

Les agriculteurs doivent être plus présents dans les projets. Un agriculteur présent dans la salle se manifeste et présente rapidement son activité pensée dans le cadre de l’économie circulaire avec des méthaniseurs producteur d’énergie, faisant de la biomasse et assurant un retour à la terre.

Dans le secteur agroalimentaire, il est important de bénéficier du regard et de la pratique des utilisateurs.